31 décembre 2008

Si tu savais Simone...


... décembre 2007, Paris. Je rentre en France et je vois affiché à travers toute la capitale cette première page du Nouvel Obs... Simone de Beauvoir nue... Hommage?
Un semblant de polémique pointe alors le bout de son nez et l'on rétorque aux quelques femmes (trop peu à mon sens) choquées et/ou déçues par cette couverture qu'il s'agit là d'une image moderne, nouvelle de cette figure du féminisme français... Je n'appelle pas ça de la modernité mais plutôt de la manipulation, un outrage total à la pensée de cette intellectuelle, un vulgaire effet de pub pour faire vendre...

... décembre 2008, Montréal. Une balade à travers la ville pour retrouver mes repères. Petit tour dans une librairie... En couverture d'Urbania, nouveau magazine qui se veut moderne, curieux, tendance...la simplicité, la vulgarité et la pensée unique se côtoie...

Sur leur site web, ils se décrivent comme suit:

"Urbania est un magazine montréalais curieux et indépendant qui célèbre l'urbanité sous toutes ses facettes. Flairant l'essence de la ville, Urbania se renouvelle constamment en posant un regard neuf sur la société à travers un thème différent à chaque parution. (...) Urbania veut informer et divertir, sans pudeur ni condescendance. Sa personnalité le démarque des autres médias : curieux, irrévéren-cieux, original et ouvert d'esprit. Urbania c'est le baveux de bonne famille, celui pour qui le luxe c'est la vie sans compromis."

Donc ce magazine, du haut de sa modernité, nous offre pour son spécial Hockey, une pin-up brune, des seins débordants de partout, une position qui je l'imagine se veut sexy et glamour ... la demoiselle chevauche très explicitement une espèce de peau de poil...

En tournant la page, le rédacteur en chef, du haut de sa curiosité, de son ouverture d'esprit et de son irrévérence innée nous explique comment Madame est arrivée là : la "pitoune" en question (dixit le rédacteur en chef de LA revue montréalaise progressiste, portant un regard neuf sur la société) nous explique qu'ils ont lancé un appel via internet et que cette jeune femme (que je trouve absolument charmante au demeurant...le problème n'est pas là) a été retenue parmi des centaines de candidates pour sa beauté intérieure.... Ouarf, ouarf, ouarf, ouarf comme dirait mon grand'oncle Robert au regard pervers, une main dans le pantalon: "ils ont dû se marrer à la rédac'...et pis y ont dû en voir passer des chaudasses"

S'en suit un article, toute en analyse avec un regard critique que je tiens ici à souligner (un grand MERCI à vous, journalistes d'URBANIA qui apportez un regard neuf sur cette société, MERCI de nous aider à mieux la comprendre!) sur les "plottes à puck" (j'ai découvert hier de quoi il s'agissait...), femmes, jeunes et moins jeunes, qui traînent dans les bars après un match en espérant passer la nuit avec un joueur de hockey... je vais faire un tour sur internet... Je découvre l'article en question qui a été scannée par un bloggeur, un forum avec des commentaires que je préfère taire...

J'ai la nausée. Je suis une jeune femme de 29 ans, féministe. J'ai la nausée. Je suis une femme, française, installée à Montréal depuis bientôt 2 ans. Je suis féministe et plus que jamais je me sens en colère. L'auto-dérision ne suffit plus. Je ne veux pas en tant que femme être réduite à de la chair, des seins, des fesses. Je ne veux pas en tant que femme dépendre du regard et du désir d'un société patriarcale qui me contraint à rentrer dans un moule, une catégorie. Je ne veux pas en tant que citoyenne que la société médiatisée me renvoie une seule image étriquée, dégradante et réifiée de la femme. La femme pourtant multiple, diverse et belle de ses différences...

Je trouve regrettable et sinistre qu'un magazine qui se veut original et ouvert d'esprit réduise la présence des femmes dans le monde du hockey à une bande d'aguicheuses dans un bar sordide. Je trouve trop facile qu'un journal qui se vante d'être progressiste et soucieux de porter un regard neuf sur la société nous parle sans aucun regard critique et politique du plus vieux phénomène du monde, celui de l'oppression et de l'avilissement de la femme, de son corps, de son intégrité.

J'ai la nausée car plus que jamais en tant que femme, féministe, je me sens menacée, attaquée par ce discours et cette pensée ambiante qui banalise le corps de la femme érotisée dépendant du regard d'une gente masculine elle aussi finalement réduite à peu de choses dans toute cette médiocrité.

2 commentaires:

Le blog de Sophie à Montréal a dit…

Sophie,

Je suis complètement d'accord avec toi. Je ne partage pas ta colère... justifiée sans doute parce que je ne suis pas dans la peau d'une femme mais néanmoins je partage ta nausée car comme tu le dis si bien... les hommes dans cette "affaire" ne sont pas mieux traités. Ce chemin facile emprunté par ce mag. a sans doute fait perdre de vue les objectifs au demeurant intéressants de ce média "alternatif". Non seulement ce "phénomène" des "groupies" que ce soit de sportifs ou d'artistes n'est pas neuf, plutôt vieux comme le monde, mais en plus la manière dont il est traité sans analyse ni regard critique (pas moralisateur ! juste critique) laisse tout simplement vide à la fin de la lecture. Un travail véritablement alternatif aurait été plutôt de nous présenter des femmes dans le hockey... fans reines des statistiques et capables de nous conter des matchs entiers de mémoires et, pourquoi pas soyons fous des joueuses de ligues féminines. Une couverture avec l'une d'entre elles au demeurant sûrement nombreuses aurait permis de donner de la substance à ce numéro qui ne restera pas dans l'histoire. C'est triste, décevant sauf pour le tirage qui a dû certainement exploser les chiffres habituels de vente. Vraiment novateur et tellement moderne tout cela !

Delphine a dit…

Merci pour cette colère Sophie, ça fait du bien de te lire! Décidément, j'aimerais vraiment papoter avec toi ces temps-ci!